Cette rubrique vous propose une série d’articles ayant trait ou à un objet remarquable ou un court exposé portant sur le domaine du monde maritime.
Des articles seront rajoutés régulièrement. N’hésitez pas à consulter le site et, éventuellement nous faire part de vos commentaires à l’adresse mail de l’association.

COIFFE KAPENN VIHAN DE GOULIEN – ANNÉE 1940

Le costume féminin et la coiffe ont longtemps constitué les marqueurs les plus visibles de l’identité capiste. Jusqu’aux années 1960‑1970, ils incarnaient l’élégance discrète propre au pays, où la coiffe tenait une place essentielle.

Le territoire de la Kapenn correspond à la partie occidentale du Cap Sizun — le Cap Don (« cap profond ») — délimité par une ligne reliant le bourg de Beuzec‑Cap‑Sizun à l’embouchure du Goyen. Il englobe les communes de Plogoff, Cléden‑Cap‑Sizun, Primelin, Esquibien, Goulien ainsi que l’ouest de Beuzec‑Cap‑Sizun.

La Kapenn gozh, forme ancienne de la coiffe, a été portée tout au long du XIXᵉ siècle. Cette coiffe en lin se caractérisait par ses deux ailes latérales relevées. Au fil du XXᵉ siècle, ses différents éléments se réduisent progressivement, donnant naissance à une version plus petite et très raffinée : la Kapenn vihan. Réalisée en filet brodé, elle conserve néanmoins la structure et le patron des modèles plus anciens.

COIFFE PENN SARDINE DE POULGOAZEC – 1945

La penn sardin, littéralement « tête de sardine », désigne d’abord les habitantes de Douarnenez, puis, par extension, la coiffe qu’elles portaient. Étroitement liée à l’histoire maritime et à l’essor de l’industrie de la conserverie, cette coiffe est devenue un symbole fort de l’identité ouvrière bretonne.
Sa particularité est de s’étendre sur plusieurs pays. Tous partagent toutefois un même ancrage maritime, autour des ports de pêche de Cornouaille. Depuis Crozon, Camaret, Audierne, Concarneau, Douarnenez, Sainte-Marine, l’Île-Tudy, la coiffe se diffuse également vers l’arrière‑pays, notamment dans la partie orientale du Cap Sizun, à l’est de l’embouchure du Goyen.

Au XXᵉ siècle, la penn sardin se présente sous la forme d’un petit bonnet de tulle brodé, délicatement posé sur les cheveux. Mais derrière cette apparente simplicité se cache l’histoire des ouvrières de la conserverie, de leurs conditions de travail éprouvantes et de leurs luttes sociales. La coiffe devient alors l’emblème d’un mouvement ouvrier suivi à l’échelle nationale, notamment lors de la grande grève de 1924‑1925, qui a vu les 23 usines de Douarnenez paralysées grâce à la mobilisation de deux mille ouvrières.

MEDAILLE DE LA SOCIETE CENTRALE DE SAUVETAGE DES NAUFRAGÉS

Cette médaille appartient à un ensemble de sept distinctions remises au Sénan François Hervis, marin‑pêcheur et patron du premier canot de sauvetage à moteur de l’île, le Vice‑amiral‑Touchard. Elle récompense plusieurs opérations de sauvetage menées entre 1925 et 1942.

Plus précisément, cette médaille a été délivrée à la suite du sauvetage d’un canot de pêche le 12 novembre 1942. Au total, en tant que patron du canot, François Hervis aura sauvé 116 personnes.

Son nom sera plus tard donné à un bateau de la SNSM, le Patron François Hervis, qui se distinguera dans la nuit du 12 au 13 janvier 1978 en portant secours aux 217 hommes de l’escorteur d’escadre Duperré. Ce dernier s’était échoué sur la Plate après une erreur de navigation en franchissant le raz de Sein.

Le patron du canot lors de cette intervention, Édouard Guilcher, sera fait Chevalier de la Légion d’honneur. Il sera reçu à l’Élysée avec l’ensemble de son équipage, dont trois membres seront nommés Chevaliers du Mérite maritime.

REPRODUCTION D’UN HAUT RELIEF

Cette reproduction en résine, réalisée à l’échelle réelle, représente l’un des trois « bateaux de pierre » qui orne l’église Saint‑Raymond d’Audierne. Il s’agit d’un vaisseau à trois mâts dont l’étrave porte une guibre prolongée par un éperon.

Aux 16ᵉ et 17ᵉ siècles, le Cap Sizun — comme le Léon et l’ensemble de la Cornouaille — voit se multiplier sur les murs de ses églises et chapelles de nombreux bas‑reliefs et hauts‑reliefs figurant des navires, parfois accompagnés de créatures marines. Ces sculptures témoignent de l’essor d’une classe prospère vivant de la pêche et du commerce, qui a largement contribué à l’édification de ces monuments et y a laissé son empreinte.

Qu’elles soient placées sur le mur sud des églises de Plogoff et de Primelin, ou sur le pignon ouest de celles d’Audierne, de Cléden‑Cap‑Sizun, de Plouhinec ou encore de Confort (malgré l’absence de façade maritime dans cette commune), ces représentations rappellent l’âge d’or d’une flottille qui a contribué, aux 16ᵉ et 17ᵉ siècles, à la prospérité du Cap Sizun.

LE DRUSTUILH

Le drustuilh, apparu sous sa forme actuelle au début du XIXᵉ siècle, est une création purement capiste et le meuble le plus emblématique des maisons traditionnelles du territoire, qu’il s’agisse d’un simple penty de pêcheur ou d’une grande ferme.

Composé d’un banc (ici disparu) et d’un dossier faisant office de cloison, il est placé perpendiculairement au mur sud de la salle commune, entre la fenêtre et l’arrière-cuisine.

Cette implantation sépare l’espace des repas de la zone plus intime où ils sont préparés. Le meuble comporte deux portes : l’une ferme un petit placard très peu profond où le maître de maison rangeait papiers importants et tabac ; l’autre, factice, assure la symétrie de l’ensemble. Son décor porte une forte charge symbolique, dominée par les motifs religieux. Au centre, se trouve une niche dédiée à la Vierge, encadrée de deux ostensoirs.

Ces éléments rappellent la place essentielle du sacré dans la vie quotidienne du Cap au XIXᵉ siècle et font du drustuilh un véritable autel domestique, auprès duquel on récitait la prière du soir.

Panier rectangulaire constitué par un assemblage de fils de fer étamés, formant une série de plans inclinés et 8 compartiments horizontaux. H. 7 cm, l. 47 cm, L. 50 cm

GRILLE À SARDINES

Cette grille, conçue sous la forme d’un panier métallique, étaient utilisées pour frire les sardines afin de raffermir leur chair, réduire leur humidité et stabiliser leur texture. Cette étape était essentielle pour que les poissons supportent ensuite la mise en boîte et la stérilisation sans se désagréger.
Après avoir étêté, vidé, lavé et rincé les sardines, les ouvrières chargées du grillage — ou « rissolage » — les disposaient

Mise sur grille des sardines étêtées Collection JJ Doaré

soigneusement sur les grilles, toutes orientées dans le même sens pour garantir une cuisson homogène. Elles plongeaient ensuite l’ensemble dans un grand bain d’huile bouillante et surveillaient la cuisson avec précision, car quelques secondes de trop suffisaient à abîmer la chair.
À la sortie du bain, les sardines étaient égouttées pour éliminer l’excédent d’huile, puis refroidies avant de passer à l’étape de la mise en boîte, généralement assurée par les « emballeuses ». On ajoutait enfin l’huile — le plus souvent de l’huile d’olive — avant de procéder au sertissage des boîtes et à la stérilisation finale.

La cloche de l'Estrid

LA CLOCHE DE L’ESTRID

Cette cloche de quart en bronze porte, comme il est d’usage, le nom du cargo danois sur lequel elle était embarquée. Elle a été récupérée après le naufrage du vapeur l’Estrid en provenance d’Espagne par une nuit de tempête noyée, de surcroît, dans une brume épaisse qui l’a fait talonner à la pointe de Lervily (Esquibien) le 3 février 1933.

Terrible erreur de navigation alors qu’il cherchait à passer le raz de Sein, à destination de l’Angleterre, ses soutes pleines d’un chargement d’agrumes et d’oignons. Construit en 1924 à Copenhague, le cargo mesurait 72 mètres de long pour 11 mètres de large et 5 mètres de tirant d’eau. Son équipage fut sauvé par les canotiers du Général Béziat, bateau de sauvetage de la station d’Audierne, et ramené non sans mal à Audierne. Aucun des remorqueurs appelés ne purent désengager la coque du navire qui finit par s’éventrer, offrant ses oranges à la population.

Les deux canons de 6 dans la courette de l'ancien hospice

LES CANONS DE 6 DE LA MARINE DU ROY

Le musée maritime a choisi de vous présenter deux authentiques canons de marine, datant de 1786, situés dans la courette de l’ancien hospice qui, toujours en place, semblent « garder » les accès du bâtiment accueillant, autrefois, les visiteurs. L’un d’eux est en position de tir.

Les tubes, en fonte, étaient fondus dans le Périgord, région riche en fer, (forges de Ruelle ou d’Ans) puis étaient acheminés par voie terrestre jusqu’à la Charente avant d’être embarqués en direction des arsenaux de Rochefort.

Ces pièces de « 6 », pesant 800 kg, d’une longueur de 2,50 m et d’un calibre de 93 mm à la bouche, tiraient des boulets métalliques de 6 livres (d’où leur nom), soit 3 kg à une distance entre 200 et 1000 mètres. (Les canons les plus puissants tiraient des boulets de 36 livres). Montés sur leur affût de bois, ils étaient établis sur les gaillards avant et arrière où ils armaient alors les frégates du type de l’Hermione et les corvettes de la fin du XVIIIe siècle. Ces navires légers et rapides assuraient la protection des vaisseaux de haut bord et la poursuite de l’adversaire.

Gréements et affûts ont été reconstitués à l’identique grâce au savoir-faire technique des élèves charpentiers de marine du lycée professionnel Jean Moulin à Plouhinec, à partir de plans d’époque, provenant, avec les canons, des réserves et archives de la Marine nationale à Lorient. Leur couleur rouge, qui rappelle celle du sang, s’était imposée pour atténuer si possible le traumatisme du combat naval parmi les équipages. Les tirs directs de l’adversaire faisaient des ravages chez les servants de pièces, fauchés au milieu des corps déchiquetés.